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74 jeunes, 50 experts, engagés pour l’océan. Paris 2026

Du 8 au 10 septembre 2026, l’Ifremer et Les Petits Débrouillards ont réuni 74 jeunes de 18 à 28 ans et 50 scientifiques, experts et philosophes pour trois jours de travail commun sur l’avenir de l’océan, à l’Académie du climat à Paris. Leurs propositions seront portées aux Assises de l’économie de la mer, à Montpellier, en novembre, et devant l’Assemblée nationale en décembre 2026.

Affiche du Congrès des jeunes engagés pour l’océan, du 8 au 10 septembre 2026.
  • 74 jeunes de 18-28 ans
  • 50 scientifiques, experts, journalistes et philosophes
  • 3 jours de travail
  • 12 groupes thématiques

Comprendre pour agir, l’ambition des Petits Débrouillards

Les Petits Débrouillards ont construit leur projet autour du principe « faire pour comprendre, comprendre pour agir ». Le Congrès des jeunes engagés pour l’océan en est l’application ambitieuse.

L’initiative est portée par une coordinatrice scientifique des Petits Débrouillards PACA et océanographe, Marie Barbieux, et Diane Vaschalde, de l’Ifremer, qui ont lancé l’idée du premier Congrès des jeunes engagés pour l’océan à l’occasion de l’UNOC3 à Nice en 2025. La décision de renouveler l’expérience à Paris, en 2026 s’est imposée naturellement. Faire le lien entre le public et la recherche est au cœur du projet associatif des Petits Débrouillards. Ce congrès en est l’expression la plus aboutie avec des jeunes adultes.

Ici, « agir » signifie formuler des propositions politiques, les discuter avec des chercheurs, et les porter ensuite devant les institutions.

Pourquoi la parole des 18-28 ans dans les décisions sur l’océan ?

Face au réchauffement climatique et à l’urgence d’agir, un paradoxe s’impose : ce sont les jeunes adultes qui vivront le plus longtemps avec les conséquences des décisions prises aujourd’hui, et pourtant leur parole est rarement entendue dans les processus qui les fabriquent.

Les Petits Débrouillards et l’Ifremer ont voulu créer les conditions d’un dialogue vrai, à égalité, entre jeunes et scientifiques. Les 74 participants au congrès de Paris sont venus spontanément : ni filière particulière, ni sélection académique. Juste une résonance avec leurs interrogations personnelles, leur envie d’agir, leur souci des limites de la planète.

74 jeunes, 50 experts : parler à égalité

La méthode est inspirée des conventions citoyennes : d’abord nourrir les participants des sujets sur lesquels ils vont travailler, leur permettre de poser des questions à des personnes de référence, puis les inviter à élaborer leur savoir et à construire des propositions. Sur trois jours.

La méthode : trois jours de travail collectif

  • Jour 1 : des conférences pour poser les repères scientifiques. Le soir, une rencontre avec Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche. Un échange direct entre les jeunes et une décideuse publique.
  • Jour 2 : 12 groupes de travail thématiques – canicule marine, géoingénierie, plastiques, pêche, réfugiés climatiques, entre autres. Chaque groupe réunit 6 jeunes, 2 à 4 chercheurs et un facilitateur des Petits Débrouillards. Exercice de prospective : les participants créent des personnages fictifs qui évoluent dans les scénarios à 2050, puis définissent trois mesures à partir de là.
  • Jour 3 : convergence sur 5 mesures prioritaires. Travail en groupes de 15. Et un exercice d’écriture inhabituel : des « nanofictions » – quelques lignes pour imaginer concrètement la vie en 2050, selon les scénarios. Denis Lacroix, délégué à la prospective à l’Ifremer, avait préparé quatre scénarios : un monde sans crise majeure, un monde technosolutionniste, un monde où toutes les crises s’accumulent, et un quatrième où l’océan devient un « modèle contagieux de bien commun ».

Le témoignage d’Adèle :  « On est à égalité dans ce dialogue »

Adèle a un master 2 en physique. Elle a effectué un service civique aux Petits Débrouillards. Elle était présente au Congrès de Nice et au Congrès de Paris.

« Ce congrès, à Nice et à Paris, c’est le seul moment où j’ai pu travailler avec des scientifiques. D’habitude je suis terrifiée de les aborder pour leur poser des questions. Ici, grâce aux Petits Débrouillards, on a pu constituer un grand groupe de jeunes. Et j’ai pu poser mes questions, naïvement, sans avoir un bagage scientifique sur l’océan. Ce moment déconstruit l’image du scientifique inaccessible. On est à égalité dans ce dialogue entre jeunes et scientifiques. »
— Adèle, ancienne service civique aux Petits Débrouillards, groupe « canicule marine »

Ce que décrit Adèle est précisément la raison d’être du format : pas une conférence où les jeunes écoutent des experts, mais un espace où la question naïve a autant de valeur que la réponse savante. C’est dans le dialogue que sont élaborées les propositions.

Ce que les chercheurs n’attendaient pas, ce que les jeunes ont proposé

Denis Lacroix, qui avait préparé les scénarios à 2050, a observé que les jeunes réagissaient bien aux urgences immédiates, mais avaient du mal à se projeter à long terme. Alors même que c’est cet horizon – 2050 – qui structurait le travail du congrès. Ce n’est pas une critique. C’est une donnée sur une génération qui vit l’urgence climatique au présent et dont le rapport au futur long est encore à construire.

Cinq mesures pour l’océan proposées par le groupe « canicule marine »

  • La canicule marine désigne les périodes où la température de l’eau dépasse un certain seuil. Avec l’inertie de l’océan, ces canicules durent longtemps.
  • Le groupe de travail a formulé cinq mesures :
  • Instaurer un séjour d’immersion régulier pour que chacun comprenne et restaure son écosystème
  • Créer un droit au repli et à l’asile pour les personnes menacées par la montée des eaux
  • Adapter le cadre juridique face aux canicules marines et pour réduire le stress sur les écosystèmes
  • Créer des maisons de savoirs hybrides – espaces démocratiques et décisionnels locaux – pour s’adapter aux crises et reconnaître la personnalité juridique du vivant
  • Obliger à plus de représentativité dans les processus décisionnels et donner au vivant l’opportunité d’agir sur la gouvernance

D’autres groupes ont travaillé sur la géoingénierie, les plastiques, la pêche et les réfugiés climatiques…

Ce que les réserves marines nous apprennent sur le temps long

La pêche et le surprélèvement des ressources marines depuis les années 1990 ont été au cœur de la clôture du Congrès, jeudi soir, lors d’un temps de conférence ouvert au public. Chercheur, fondateur de l’association Longitude 181, l’océanologue François Sarano a conclu ce congrès en appelant à créer des ères protégées, à laisser sa place au sauvage dans les espaces de nature mais aussi dans nos âmes. Quoique la réalité de la surconsommation des ressources marines soit lourde de conséquence, un chiffre invite à relativiser ce pessimisme : les réserves marines de Port-Cros (60 ans) et de Cerbère-Banyuls (40 ans) montrent que l’océan se renouvelle si on lui en laisse le temps. On commence à en voir les effets aujourd’hui, parce que quelqu’un, il y a quarante ou soixante ans, a pris la décision de protéger. Les décisions prises à ce congrès ont le même horizon.

Et la suite ? De Paris à l’Assemblée nationale

De Nice à Paris, les propositions des jeunes ont une vie après le congrès. Les propositions du congrès de Paris vont alimenter une séquence d’événements qui les portera progressivement devant les institutions.

QuandQuoi
8-10 sept. 2026Congrès des jeunes engagés pour l’océan — Paris
Automne 2026Tour de France de l’Ifremer — les propositions alimentent les étapes régionales
24-25 novembre 2026Assises de l’économie de la mer — Montpellier
6 décembre 2026Restitution à l’Assemblée nationale
2027 – JanvierCOP Océan / BBNJ (traité sur la haute mer)
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