Solidarité, émancipation, pouvoir d’agir : notre responsabilité collective
Chères et chers Petits Débrouillards,
Le contexte national nous oblige. Depuis plusieurs semaines, des lycéennes et des lycéens se mobilisent pour faire entendre leurs préoccupations concernant leurs conditions d’étude, les inégalités qu’ils vivent et leur avenir. Les blessures signalées et le recours massif aux interpellations de mineurs au cours de ces mobilisations suscitent notre vive inquiétude. Une réponse sécuritaire ne peut se substituer à l’écoute, au dialogue et à des réponses politiques à la hauteur des questions posées. Le droit de s’exprimer, de s’organiser et de se mobiliser pacifiquement doit être pleinement respecté.
Les Petits Débrouillards expriment leur solidarité avec les jeunes mobilisés, leurs parents et leurs familles, ainsi qu’avec les enseignantes, enseignants et personnels éducatifs qui les accompagnent. Cette solidarité est d’abord une exigence de respect : écouter ce que les jeunes ont à dire, reconnaître leur capacité à formuler des revendications et refuser que leur parole soit disqualifiée en raison de leur âge.
Il y a, derrière cette mobilisation, une question démocratique essentielle : quelle place notre société accepte-t-elle réellement de donner à sa jeunesse ? Nous ne pouvons pas, d’un côté, appeler les jeunes à s’engager pour l’environnement, la solidarité et la citoyenneté et, de l’autre, leur refuser la possibilité de discuter, de contester et de peser sur les décisions qui les concernent. Les jeunes ne sont pas seulement les citoyennes et citoyens de demain : ils font déjà partie de la société, avec leurs expériences, leurs idées, leurs inquiétudes et leur capacité à agir.
Cette conviction est au cœur du projet des Petits Débrouillards. Notre démarche d’éducation populaire et de médiation scientifique repose sur une confiance fondamentale dans l’intelligence de toutes et tous. Expérimenter, enquêter, confronter les points de vue, mettre les faits à l’épreuve, comprendre les mécanismes sociaux et environnementaux, débattre sans s’interdire le désaccord : ce sont autant de pratiques qui nourrissent l’esprit critique et l’autonomie. Notre ambition n’est pas de dire aux jeunes ce qu’ils doivent penser, mais de leur donner les moyens de construire leur jugement, de faire leurs choix et de tracer leur propre chemin. Mais la liberté de choisir reste théorique lorsque les inégalités sociales, territoriales ou scolaires ferment les possibles. Défendre le pouvoir d’agir des jeunes, c’est donc aussi défendre des conditions d’éducation dignes, l’accès de toutes et tous aux savoirs, à la culture scientifique et à des espaces d’expression et d’initiative. C’est combattre les discriminations, les déterminismes et toutes les formes d’assignation qui limitent les horizons.
Notre engagement associatif d’éducation populaire à l’esprit critique nous oblige encore plus dans nos propres pratiques. Dans nos ateliers, nos projets de territoires, nos débats citoyens et nos démarches d’enquête collective, gardons chevillé au corps plus que jamais l’accompagnement que notre jeunesse mérite pour qu’elle puisse comprendre le monde, y prendre confiance, agir avec les autres et contribuer à le transformer ; sans parler à leur place ni instrumentaliser leur engagement. Reconnaissons leur capacité à poser des questions, écoutons leurs savoirs d’expérience, leurs propositions et leurs décisions.
Nous croyons à la force d’une parole collective. Avec le Mouvement Associatif, le Pacte du Pouvoir de Vivre, la Fédération des Acteurs de la Solidarité, le Collège des Sociétés Savantes — dont les Petits Débrouillards sont membres — mais aussi avec le CNAJEP et les autres réseaux engagés pour l’éducation, les droits et la démocratie, nous souhaitons faire vivre ces exigences communes, dans le respect des positions et de l’autonomie de chacun. La solidarité associative prend tout son sens lorsqu’elle relie les paroles et les actions de terrain à une ambition de transformation sociale.
Les Petits Débrouillards poursuivront, partout où ils agissent, leur rôle d’acteur éducatif, social et citoyen : créer des espaces où l’on peut questionner sans crainte, débattre sans être disqualifié, apprendre sans être assigné et participer sans devoir attendre d’être adulte. C’est ainsi que notre mouvement contribue, concrètement, à une démocratie plus vivante, à une société plus juste et à l’émancipation de chacune et chacun.
« Faire une place aux jeunes, ce n’est pas leur demander d’attendre : c’est leur donner, dès maintenant, les moyens de comprendre, de choisir et d’agir. »
Ghislaine Hierso, Présidente du réseau